codedesuivi codedesuivi
Midilibre.fr
Tous les blogs | Alerter le modérateur| Envoyer à un ami | Créer un Blog

dimanche, 06 juillet 2008

HOMMAGE A FEDERICO GARCIA LORCA par Eric GUILLOT

HOMMAGE A FEDERICO GARCIA LORCA

L'UNIVERSALITE DU POETE

(Article paru dans CENTRE PRESSE, dimanche 27 août 2006)
 

C’était le 19 août 1936. Ce jour-là les franquistes fusillèrent le poète espagnol Federico Garcia Lorca, sur sa terre natale, à Viznar, près de Grenade. Il venait d’avoir 38 ans. Sans doute les phalangistes à la solde de Franco, en procédant à son arrestation deux jours auparavant, pensaient-ils en finir avec le monde artistique et intellectuel, en plein essor dans la péninsule ibérique. Sans doute pensaient-ils éradiquer, une fois pour toutes, la gent intellectuelle où le poète, avec Salvador Dali et Luis Buñuel, entre autres, furent des artistes très influents en Espagne. N’est-ce point un général franquiste qui lança en pleine figure du philosophe Unamuno, assigné alors en résidence surveillée à Salamanque :
« Mort à l’intelligence » ? Sans doute pensaient-ils que le bannissement de ses œuvres allait engendrer un oubli définitif. (Le régime franquiste proscrira ses dernières jusqu’en 1953, après quoi ses Obras completas furent publiées... censurées !) Le retour de la démocratie en 1976 abolit bien entendu, ces ignominies. Peu d’auteurs furent à la fois, comme Federico Garcia Lorca, poète, dramaturge, peintre, pianiste et compositeur. Issu d’une famille aisée, il étudia le droit par obligation parentale. Cependant, ses parents lui interdirent de poursuivre des études musicales, il se dirigea alors vers la poésie et le théâtre... et joua de la guitare ! Il fut ainsi l’ami du célèbre compositeur Manuel De Falla. En 1922, et afin de renouer avec le folklore andalou, le poète et le musicien organisèrent un festival de musique folklorique consacré à la chanson, dans la tradition flamenco. Ce festival s’intitula Fiesta del Canto Jondo. S’ensuivirent alors de magnifiques poèmes de Poema del Canto Jondo etde Romancero Gitano qui se situent dans le prolongement logique de l’ensemble des Chansons, écrites dans cettemême veine, entre 1921 et 1925 ; lesquelles, par ailleurs furent publiées et revues par l’auteur... quatorze ans plus tard !
Des romances où la fantaisie poétique et l’influence musicale vont de pair. La passion et l’émotionnel fusionneront dès lors tout au long du parcours poétique de l'auteur et feront de ses œuvres une poésie « surréalisante ».


Le poète à New York

Après une déception sentimentale et des difficultés de plus en plus pesante à cacher son homosexualité à son plus proche entourage, il accepte l’invitation de se rendre à New York pour y donner des conférences. Lorca quitte Madrid pour deux ans (de 1929 à 1931) et écrit aux États-Unis Poète à New York. Dans ce livre d’une soixantaine de pages, il compose en l'honneur du poète américain une Ode à Walt Whitman. Mais témoin des inégalités sociales, de la misère et des discriminations, Garcia Lorca s’indigne, harangue le monde contemporain. Proche du peuple, il en épouse sa cause. Car il est aussi le peuple. En conséquence, sa poésie se transforme, devient populaire, sociale, plus que jamais incan tatoire, sans renoncer à la tragédie coutumière, si chère à l’auteur andalou. De retour à Madrid, il est nommé directeur du théâtre ambulant nommé La Baracca,dont le but est de silloner le pays. Son arrivée en Espagne coïncide à peu de choses près, avec l’avènement de la Seconde République et la chute du dictateur Primo de Rivera.
Ignacio Sanchez Mejias fut l’ami du poète. Toréador espagnol, né à Séville, le 6 juin 1861, issu de la bourgeoisie espagnole, il fut, dit-on, un torero atypique, puisque ami des intellectuels et auteur de théâtre. Il décéda tragiquement le 13 août 1934 après deux jours d’agonie d’une gangrène gazeuse, après avoir été encorné à la jambe, lors d’une corrida dans les arènes à Manzaranes, près de Madrid.


Poeta universal

Federico Garcia Lorca bouleversé et anéanti par cette brutale disparition composa pour son ami Chant funèbre pour Ignacio Sanchez Mejias, dans lequel l’auteur redevient simplement un homme, livré au plus profond, au plus intime de lui-même, devant le miroir de ses secrets, de ses sentiments, de sa plus grande solitude.
Ainsi dans « Absence de l’âme » :

Ni le taureau ni le figuier ne te connaissent
Ni les chevaux ni les fourmis de ta maison.
L’enfant ne te connaît ni la soirée
Parce que tu es mort pour toujours.
…/…
Nul ne te connaît plus. Non.Mais je te chante.
Je chante pour plus tard ta silhouette et ta grâce.


Bien sûr, il n’existe que les poètes pour écrire de telles choses. Et dans « Présence du corps » Lorca entreprit une longue réflexion sur lamort :

La pierre est un front où gémissent les songes
Sans qu’ils aient une eau courbe ou des cyprès glacés
La pierre est un dos fait pour porter le temps
Avec arbres de larmes et rubans de planètes.

 

Il sut exprimer comme nul autre pareil, toute la douleur humaine ressentie dans pareil cas. Il est impossible de lire ce « chant funèbre » sans en éprouver la moindre émotion. C'est précisément aussi pour ces raisons que Federico Garcia Lorca est un poète universel. Lorsque éclata la guerre civile en 1936, il quitta Madrid pour sa ville natale. Il y fut assassiné par les franquistes et son corps fut jeté dans une fosse sans nom, sur les hauteurs de Grenade, à Viznar. Il y a quelques années encore, sa tombe demeurait approximative.Une statue érigée en son honneur se trouve aujourd'hui, sur la Plaza de Santa Ana à Madrid. Dans l’un de ses derniers poèmes Oméga - poème prémonitoire - le poète anticipera sur sa fin tragique. Les herbes « bataillon aux pointes inégales » qui avancent et triomphent dans l’horreur, symbolisent la terreur et pour finir la mort.


Les herbes
Je me couperai la main droite.
Attends
Les herbes,
J’ai un gant de mercure, un autre en soie.
Attends.
Les herbes !
Pas de sanglots. Silence, on va nous entendre.
Attends.
Les herbes !
Les statues s’écroulent
Tandis que s’ouvre la grande porte.
Les heeerbes !!!

 

Federico Garcia Lorca était membre de la génération de « 27 », un groupe de jeunes poètes, ayant pour noms : Jorge Guillen, Rafaël Alberti, Luis Cernuda, Vicente Aleixandre, Pedro Salinas, Emilio Prados, Gerardo Diego etc… La guerre et surtout le fascisme qui perdura près de quarantelongues années interrompirent ce renouveau culturel. Cette génération succéda à celle de « 98 » où furent inscrits depuis dans le marbre, des noms d'écrivains, de poètes et de philosophes qui s’illustrèrent brillamment dans le lyrisme : Miguel Unamuno, Antonio Machado, mort peu de temps après son arrivée à Collioure ; Juan Ramon Jimenez qui reçut le prixNobel en exil... Une histoire interrompue, demeurée en suspens, certes, mais non anéantie, comme le voulurent Franco et ses cohortes de généraux avec l'appui inconditionnel de l’Église. Leurs œuvres, continuent et continueront de briller de tous leurs éclats, comme d’immenses phares et n’auront de cesse d’éclairer les générations d’aujourd’hui et de demain au delà des cultures et des frontières.
ERIC GUILLOT

(Œuvres complètes. Coll. La Pléiade Gallimard.
Tome I : poésie, 1987. Tome II : théâtre, 1990.
Ferias, poèmes inédits
Editions du Félin - Arte Editions, 1998)

 Pour visualiser la page entière de cet article, cliquer sur le lien ci-dessous :

Lorca.pdf
 

 © Copyright Eric Guillot. Lois sur le droit d'auteur et la protection de la propriété intellectuelle. Toute reproduction dans sa forme ou son contenu est strictement interdite, sans l'accord explicite de l'auteur.