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mercredi, 21 février 2018

LIVRE

André Breton - Benjamin Péret :
une riche et exaltante correspondance

Aube Breton, fille du fondateur du mouvement surréaliste, a décidé de publier cette importante correspondance, comprenant des lettres des deux poètes à partir de leur première rencontre en 1920 et jusqu’à 1959, date du décès de Benjamin Péret.

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C’était convenu depuis longtemps : il y aura un Comité de secours américain pour venir en aide aux intellectuels et réfugiés politiques européens. Nombre d’entre eux n’ayant pas d’autres solutions que de fuir le nazisme ou la terrible dictature franquiste, sans oublier « la France du Maréchal » avec sa sinistre collaboration et ses lois antisémites. Aussi, de nombreux écrivains, poètes et artistes se retrouveront fin 1940, à la villa Air-Bel, à Marseille, en attendant de pouvoir s’embarquer pour l’Amérique. Un paquebot affrété par les soins de Varian Fry(1) était mis à leur disposition. C’est ainsi qu’en juillet 1941, après une escale dans les Antilles, André Breton débarque à New York avec sa femme Jacqueline Lamba et leur fille Aube. Benjamin Péret, quant à lui, arrive à Mexico, en janvier 1942, avec sa compagne Remedios Vera, peintre espagnole qu’il avait rencontrée à Barcelone en août 1936.

En Amérique, la situation géographique ne permet pas à Breton et Péret de se rencontrer au cours de ces années d’exil. Le seul moyen de communication sera le courrier postal. Leurs séjours se prolongèrent respectivement jusqu’à 1946 et 1948.

Aube Breton a décidé de publier cette importante correspondance, comprenant des lettres des deux poètes à partir de leur première rencontre en 1920 et jusqu’à 1959, date du décès de Benjamin Péret(2). Même si le nombre de lettres de ce dernier est supérieur à celles d’André Breton, il s’agit d’une riche et exaltante correspondance et qui rend très précieuse l’histoire du surréalisme. Très éclairante aussi quant à l’existence souvent précaire que pouvaient subir, en Amérique, les deux protagonistes. « Je suis ici à peu près aussi isolé que dans une île déserte car je n’ai pas réussi à trouver un Mexicain avec qui il soit possible de parler » peut-on lire dans une lettre de Péret. Quant à Breton les rapports qu’il peut entretenir dans les milieux artistiques ou intellectuels new-yorkais sont quasiment inexistants. La difficulté première étant la barrière de la langue. Breton ne parle pas l’anglais et ne s’investira pas dans cette démarche. Pour autant, chacun de son côté poursuivra ses activités surréalistes.

A propos des peintres et poètes d’Amérique, sollicités pour collaborer à la revue new yorkaise, « VVV », André Breton souhaitant des textes de Pablo Neruda chargera Benjamin Péret de contacter le poète chilien. Quelques semaines plus tard, celui-ci répondit à Breton : « Je suis tout à fait en désaccord avec toi au sujet de Neruda. Celui-ci est un stalinien déclaré, ami de Siqueiros qu’il a fait évader(3)… » Neruda ne sera jamais contacté !

Une amitié indéfectible

En 1942, André Breton organisera, avec l’aide de Marcel Duchamp, l’exposition First Papers of Surrealism. Dans la foulée, il rédigera la préface du catalogue : « Genèse et perspective artistiques du surréalisme » pour l’exposition de Peggy Guggenheim. En outre, l’auteur de Nadja ne publiera pas moins de sept ouvrages entre 1942 et 1945,. Quant à Benjamin Péret il écrira à son ami le 24 juin 1942 : « Je veux essayer de faire une sorte d’anthologie des mythes, légendes et contes populaires d’Amérique latine du point de vue du merveilleux ». En novembre, il rédigera Dernier malheur, dernière chance. Enfin, le 10 décembre André Breton prononce à l’université Yale dans le Connecticut une conférence : « Situation du surréalisme entre les deux guerres ». Et en février 1945, Péret termine son manuscrit Le déshonneur des poètes.

« Très cher Benjamin - écrit André Breton, dans une lettre datée du 1er juillet 1945 - tu sais que si je n’écris pas, c’est dans la mesure même où il me tarde tellement de te revoir : ce revoir indéfiniment différé, une lettre devient pour moi une chose dont la platitude ne se mesure plus. » Et encore le 14 août 1946 : « Mon très cher Ami, Benjamin, tu ne peux savoir comme je t’attends. Tant que tu n’es pas là, rien ne s’éclaircit pleinement pour moi… Tu ne peux savoir à quel point ta position est forte à Paris dans la jeunesse. Les lettres des jeunes gens et d’inconnus s’accumulent sur ma table par centaines, voilà qui fixe encore mieux la situation actuelle que tout le reste… Que faut-il faire pour t’aider à revenir le plus tôt possible ? ».

Toutefois, de sérieuses difficultés financières empêcheront le retour de Péret en France. Il ne reviendra qu’au printemps 1948, après sa séparation avec Remedios.

Malgré l’éloignement, les nombreux voyages de Péret au Brésil, au Mexique, en Espagne, en Allemagne…, la profonde amitié qui liait André Breton et Benjamin Péret fut indéfectible et dura près de quarante ans ! Toute une vie(4) sera consacrée à défendre les valeurs de libertés et a œuvrer pour une émancipation humaine. Un ouvrage passionnant.

Paul Tojean

(1) Varian Fry, né le 15 octobre 1907 à New York et mort le 13 septembre 1967, est un journaliste américain qui, depuis Marseille, a sauvé entre 2 000 et 4 000 Juifs et militants antinazis en les aidant à fuir l’Europe et le régime de Vichy.

(2) « Correspondance 1920-1959 » Editions Gallimard, Collection Blanche. Décembre 2017. 464 p. 29 euros).

(3) David Siqueiros (1896-1974), peintre muraliste mexicain. Vêtu en uniforme policier et se faisant passer pour un major, avait dirigé en mai 1940, un attentat contre Trotsky qui avait échoué de peu. Emprisonné, Siqueiros recouvre sa liberté grâce à Pablo Neruda, alors consul général du Chili au Mexique, mettant à disposition du peintre et de sa femme, un avion en partance pour la Havane à destination du Chili.

(4) « Toute une vie » est le titre donné à un des recueils de Benjamin Péret rendant un vibrant hommage à ses amis surréalistes, notamment André Breton.

 

vendredi, 29 décembre 2017

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lundi, 20 novembre 2017

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dimanche, 12 novembre 2017

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